Récit d’un voyage en Norvège

Vol et voyage
L’avion nous transporte de Genève à Helsinki. Puis, avec un vol interne finlandais jusqu’à Ivalo, au sud du grand lac d’Inari. Il reste environ 200 km à faire en voiture, pour atteindre la Norvège et le Grand Nord.
Le paysage est immense, à perte de vue, des collines et des forêts de bouleaux. Des centaines de lacs sauvages parsèment la région. Des troupeaux de rennes se baladent nonchalamment. Même s’il fait jour 24 heures sur 24, il faut rouler avec prudence, un virage pourrait cacher un élan.

Enfin sur place
Arrivés sur place, la cabane en rondins, avec deux chambres et une cuisinette dans l’entrée, nous attend. La rivière se trouve à quelques mètres du chalet. Elle est, comme toujours, magnifique et surprenante. Cette année l’eau est basse et claire.

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Nous allons rester une grosse semaine, soit du 19 au 28 juillet. C’est la période de la remonte des petits saumons. Mais le premier jour est destiné à la préparation : installation, courses, permis de pêche, montage du matériel, etc. Il nous donne aussi l’occasion de prospecter la rivière, aller voir les chutes et les «pools», de voir sauter les saumons et pour finir de fêter d’avance notre belle aventure.

En action
La période de pêche journalière débute à 18h00 pour se terminer à 14h00 le lendemain. Avec en poche un permis pour sept jours, le «père» Lucio et le «fils» Matteo décident donc de partir à la pêche en binôme, chacun avec sa technique : le père avec une canne à mouche à une main et des mouches plein les poches, le fils avec une petite canne à lancer nerveuse et des poissons nageurs et des cuillères plein le sac.

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Le père est venu, avec son grand frère Antonio, pour la première fois dans cette rivière quand il avait à peine 16 ans, c’était en 1972, il y plus de 40 ans. Un jeune hippie avec sa canne, à deux mains, en fibre de verre qui pesait une tonne, une bobine de fil nylon de 50% et des immenses mouches Hardy. Mais avec une ferme volonté de rencontrer ce merveilleux poisson qu’est le saumon, sa puissance et sa ténacité hors pair.Aujourd’hui, la passion du saumon a conquis une autre génération.

Les prises
Il est vingt heures. Cela fait deux heures que nous pêchons. Chaque «coup» est fait avec la plus grande application. Matteo, avec sa canne à lancer, tente tous les coins et tresses d’eau qui ne sont probablement pas pêchés par les autochtones (trop petits). Il est précis et prend tous les risques. Le père tente les courants avec sa grosse mouche.

Subitement, c’est la touche. Matteo, avec une cuillère tournante improbable, ferre un saumon dans un mouchoir de poche. C’est le départ, le poisson dévale les rapides à une vitesse phénoménale. Il saute et ressaute. Après une longue bagarre, le saumon est sorti de l’eau et Matteo peut enfin apprécier sa victoire et son premier saumon; premier saumon de sa vie. Le seul, l’unique. Beau poisson, il pèse deux kilos et demi.

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Le bonheur se lit sur son visage. Il peut être fier, ce n’est pas aussi facile que l’on pourrait croire; un saumon en ligne c’est une aventure à chaque fois. On boit un grand coup de Rhum et on s’embrasse.

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Matteo a gagné son billet d’entrée dans le paradis des pêcheurs de saumons.

Et le reste
Il fait de 10 à 12 °C, c’est frais. L’eau est plus chaude, elle varie de 12 à 16 °C, c’est parfait. Mais le saumon, lui ne l’entend pas comme ça. C’est lui le maitre des lieux et ne répond pas à autre chose que son instinct. C’est donc lui qui choisit s’il est preneur ou pas. Nous péchons comme des fous et pour finir c’est Matteo qui réussit le mieux.

Le 22 juillet, à vingt-et-une heure trente, un petit saumon de un kilo et demi, que nous dégustons directement sur place au feu de bois; magnifique, un souvenir inoubliable. Le 26 juillet, à onze heures, un saumon d’un kilo huit, pris en haut de chutes redoutables, dans des conditions dignes d’un roman.

Le bonheur
Malgré des conditions de pêche difficiles, nous profitons de tous les moments. Un soir nous prenons les barques pour remonter la rivière. Il faut ramer dur, pendant deux heures, pour atteindre des coins de pêche qui sont de vrais paradis. Sauvages et bruts, ils nous envoutent. Il fait froid et nous nous arrêtons sur un ilot de la rivière, pour faire un feu.
Antonio, sort un saumon et Matteo un brochet d’une beauté sans égale (relâché).
Plusieurs ombres, d’une grandeur et d’une splendeur hors du commun, sont pris, puis relâchés.
Le grand frère, n’a pas dit son dernier mot, le 24 juillet il prend dans son «trou» préféré, un saumon d’un kilo huit. Il l’avait annoncé et cela s’est accompli.

Et moi, comme un c.., je reste là à attendre. Mais la rivière ne m’a pas oublié. Elle sait que, depuis tout ce temps, je l’aime et je la respecte. Elle m’offre une magnifique truite, dont je ne saurais même pas dire de quelle race elle est. Je la prends délicatement dans mes mains (photo) et sans aucun doute je la rends à la rivière. Je la rends à la vie. Ma joie est sans limites.

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Une année magnifique, un fils qui devient un homme-pêcheur de saumons. Un frère qui accomplis ce qu’il prédit. Un neveu qui, malgré tout ( pas de prises ), nous enrichit par sa vision du monde : un monde où la nature est respectée et traitée avec tout le respect que mérite une mère. Comme le peuple Sami ( lapon ).

Comptablement parlant une année difficile et sans grand succès. Émotionnellement une année de rêve, d’une grandeur incommensurable.
On rentre tous au pays avec dans nos cœurs un immense vide laissé par des moments inoubliables et des images indescriptibles, chargés d’émotion et de bonheur.
On se sent petits et pauvres face à cette nature débordante de richesse et de poésie, mais parallèlement on sait au fond de nous-mêmes que, maintenant, nous lui appartenons à jamais.

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Lucio Leonelli